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Exposition - Vénus | 2005   A propos de l'exposition "Vénus" - 2005Galerie la Réserve d'Aréa- Paris et Château de Biron Dordogne
Au travers d'un corps à corps avec la toile, souvent travaillée à l'horizontale, Evelyne Jaffrain instaure une archéologie de la matière qui recueille au fil des strates de peinture et des gestes de l'artiste les sédiments d'un moment de non-retour, où les oppositions se cristallisent dans le visible. (AAA - 2005) (Extrait du catalogue de l'exposition collective du Conseil général de la Dordogne : Vénus en Périgord |
| |   Entretien réalisé par Daphné le Sergent pour arearevue n°10/2005Toucher avec les yeux
Dans sa peinture, Evelyne Jaffrain élabore une surface qui se donne matière, voire comme matériau et évoque un vieux mur gravé par le temps, une porte rouillée ou une terre étrangère. Souvent travaillées à l'horizontal, ses toiles sont issues d'un corps à corps, où le geste de peindre relève autant du visible que du geste du sculpteur. |
| Dans vos toiles, les contours ne sont pas dessinés mais entailles dans la matière.
Les entailles interviennent dans la réalisation de mon travail en dernier lieu, après de multiples passages de couches de couleurs et de matériaux. Elles cernent la forme d'une part pour entrer en rupture avec l'ensemble obtenu, rentrant parfois en contradiction avec l'expressivité recherchée au départ. De l'autre ces marques, au caractère violent parce qu'exécutées de façon soudaine, voire incontrôlée, se placent en confrontation avec la matière de la peinture, si longtemps travaillée, et me permettent de créer une opposition.
Cette opposition, entre contour et surface, se retrouvent également entre formes phalliques et féminines, qui sont placées dans certaines toiles, comme les sujets de la peinture
Dés lors que ces formes s'imbriquent les unes dans les autres, ce sentiment d'opposition qui naît de leur reconnaissance symbolique, s'estompe et laisse place à une sorte d'intimité, relevant presque de l'intimité amoureuse. Là, le féminin et le masculin, projetés dans la peinture, s'imprègnent tant l'un de l'autre qu'ils n'émergent plus en tant que sujets mais participent à la matérialité de l'ensemble. C'est comme si le rapport fond/forme s'estompait dans un "mariage" formel.
Le tableau comme espace intime semble alors le lieu d'accouplement...est-ce celui du regard qui vient se nicher dans la surface de la matière ?
Il y a effectivement une intimité entre le regardeur et le tableau en ce sens qu'il est invité à "fouiller avec ses yeux" dans les différentes couches de peintures, à deviner ce qui s'y cache. Celle-ci deviennent presque des strates géologiques : l'espace n'apparaît pas donné dans la seul dimension de l'instant mais dans l'effort du regard en tant que percée. Le visuel ne serait alors pas qu'un simple image mais au contraire doté d'un mouvement, d'un désir, qui le pousse toujours à gagner ce qui lui est encore inconnu. En cela la peinture pourrait être une métaphore de l'acte amoureux et faire corps avec la chair de la toile. On pourrait parler d'intime dans le processus créateur.
La matière apparaîtrait-elle alors comme un refuge ?
La matière montre en même temps qu'elle cache, comparable à une vibration, oscillant sans cesse entre deux points, deux états, ou entre l'autre et soi. Elle charge ainsi la toile d'un présence maximale, d'un force presque masculine. Dans ce mouvement incessant, une forme de partage se crée. Partage entre la mémoire des objets et le vivant, partage en les traces de mon passage dans la vie et leurs traductions figurées sur la toile et l'appropriation par le regard de l'autre. Je comparerais cela à un archéologie personnelle, intime où les choses, si elles ont une apparence possèdent néanmoins un passé. Celui-ci existe et vit encore.
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