L'essence de l'ombre 2017 | Peintures - Encres -Installations
Centre Culturel de la Visitation - Périgueux (24)

L'exposition l’Essence de l’ombre présente des paysages sensibles, intimistes, fragiles et poétiques avec des références plurielles telles que Fra Angelico et les fresques du couvent San Marco à Florence, Monet et la poétique des Nymphéas, Delacroix et le Romantisme, Tàpies et l'art informel ainsi que Kiefer et ses installations monumentales.

Ce travail sériel de paysages  évoque les empreintes du temps passé qui se conjuguent au présent, les réminiscences, la Nature et l’existence éphémère. Les sens protéiformes de la nature de l’ombre convoque tous les possibles alors je tente de figurer toute l’essence qui s’en émane au plus prés des sens de la vie, des sentiments, des émotions, de la passion et de l’imposer dans ce panorama pictural. Les peintures, installations et encres présentées s’orientent autour de deux axes :               " l’Ombre du temps passé"  avec un regard sur la création et son devenir et "Paysages d’ombre et autre clarté " un travail actuel plus intimiste. La matière picturale tellurique avec cendre, pigments et poudre de marbre a longtemps jalonné mes recherches plastiques en particulier de 2005 à 2013 dans le cadre de mes séries "Natures mortes et Vanités" et "Paysages et Territoires". Aujourd’hui, pour composer de nouveaux paysages, le plâtre côtoie la photographie, la transparence d’un papier calque, le lavis d’encre, la peinture gestuelle, le graphisme, l’aléatoire du tracé d’un fusain et l’empreinte monotype. Un donner à voir tout en ombre, clarté et matérialité. 

Un ancrage dans le sensible est ainsi signifié, loin du monde des Idées. Éclairés dans la pénombre, une peau nue, un paysage et la lumière crépusculaire, un mur aux ombres portées, une sculpture, sont autant de sujets magnifiés. Le caché-dévoilé se fait alors l’écho d’un clair-obscur sublimé comme dans l’Oeuvre peint de Zurbaran. L’ombre impertinente auréole aussi le souvenir qui se délite ou se fige en pleine confusion et se déploie aux confins de la mémoire pour imposer sa présence et sa quintessence. Mais elle peut naître également d’un mystère entre trouble et opacité, de son emprise sur l’imagination, d’une incertitude, d’un tourment ou d’un regret. Il n’y a pas de lumière sans ombre. Une approche singulière de l’ombre est proposée par Tanizaki dans son essai sur l’esthétique japonaise, l’Eloge de l’ombre quand il affirme: « Nous, les Orientaux, là où il n’y a rien nous faisons surgir l’ombre et cela crée de la beauté...Je crois que le beau n'est pas une substance en soi, mais rien qu'un dessin d'ombres, qu'un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses ».

Essence, sens, substance, allégorie, existence, illusion, vérité, beauté, nature ... tout un questionnement philosophique. Selon Hegel «L’apparence même est essentielle à l’essence ; la vérité ne serait pas si elle ne paraissait pas». Sensible, poétique, sublime, obscure, troublante, ambivalente, l’essence de l’ombre tangible ou allégorique prend tous ses sens et sa substance toute sa clarté.

Evelyne Jaffrain - 2017